BMM#09 – Interview ADDICTIVE TV

Addictive TV, c’est la rencontre de deux personnalités complémentaires, et le résultat est à l’image des personnages: complet. Basés à Londres, et travaillant le sample comme une matière intégrale, son et vidéo, Mark et Graham proposent une expérience électronique à la fois visuelle et acoustique pour le moins détonante, et survitaminée. Poussant la collusion DJing et VJing à son plus haut niveau, les voir et les entendre fut une des plus agréables surprise de cet été. Rencontrés à l’occasion de la Silent Disco à Grenoble, un évènement rassemblant quelques 10000 personnes dansant en silence (ça vaut le déplacement !), il me fallait lever le voile sur les mystères de cette création musicale et visuelle hors-norme.
NOS LECTEURS NE SONT PAS FORCÉMENT FAMILIERS AVEC VOTRE PROJET, QUI SEMBLE À PREMIÈRE VUE PLUTÔT ORIGINAL: POURRIEZ-VOUS NOUS LE DÉFINIR ?
Ce que nous faisons est assez simple: nous créons de la musique que vous pouvez voir. A partir de samples comme la plupart des producteurs, mais les samples que nous utilisons sont aussi des samples videos. Nous utilisons beaucoup de bandes originales de films, que nous remixons, des passages légendaire rentrés dans la conscience collective (Eminem, les Rolling Stones, Edith Piaf, etc). Nous prenons les passages filmés de ces artistes où l’on peut les voir jouer ou chanter, en dégageant de petits loops et créons la musique en gardant la correspondance avec la video: on remixe à la fois la musique et la video correspondante. C’est donc un travail de DJ et de VJ à la fois.
C’EST UNE MANIÈRE BIEN PARTICULIÈRE DE PENSER LA MUSIQUE DONC ! MAIS J’AI VU QUE VOUS CHOISISSEZ SOUVENT DES PASSAGES DE FILMS TRÈS CONNUS, DES CHANTEURS ET DES ARTISTES MONDIALEMENT RECONNUS. POURQUOI ?
Parce qu’on aime le faire. Nous avons fait pas mal de remixes de films qui ne sont pas si connus que ça, des artistes peu connus également. Nous avons travaillé par exemple sur un film espagnol de Guillermo Del Toro, Le Labyrinthe de Pan, ce n’est pas un film vraiment populaire mais plutôt un film culte, tout comme les films italiens des années 90 et 60’s. Nous travaillons tout simplement sur les choses que nous aimons. Notre répertoire est donc très étendu et assez éclectique. Mais c’est un terrain sur lequel on ne peut jamais gagner dans le monde de la musique, certains vous trouveront toujours trop commercial, d’autres trop conceptuel ! On ne fait rien en nous disant “Oh si nous faisons cela de telle ou telle manière les gens vont aimer !”, nous faisons juste que qui nous plaît d’abord à nous, et si les gens apprécient tant mieux, sinon tant pis, ça ne nous touche pas.
J’AI ENTENDU QUE VOUS TRAVAILLEZ AVEC LES STUDIOS HOLLYWOODIENS, COMME CRÉATEURS DE TEASERS VIDEOS ET DE BANDE-ANNONCES POUR DE GRANDS BLOCKBUSTERS, COMME ‘IRON MAN’. COMMENT UNE TELLE OPPORTUNITÉ S’EST-ELLE PRÉSENTÉE À VOUS ?
Ils nous ont passé un coup de fil, un jour, tout simplement. On avait un peu peur au début que ce soit pour nous réclamer des droits ou nous intenter un procès pour tous les samples de films que nous utilisions pour faire notre musique. En rentrant de soirée, nous avons entendu leur message, assez court, sérieux, du type “je travaille pour les studios “xx” à Hollywood blablabla…”, et c’était super inquiétant ! Nous les avons rappelés et quelqu’un nous a dit qu’il avait vu un de nos travaux sur un film italien, qu’il avait vraiment apprécié, et que si nous pouvions faire quelque chose de similaire pour eux pour un prochain film. En 2006, personne n’avait encore fait un remix officiel pour un film Hollywoodien. C’était pour nous un moment historique ! Et de fil en aiguille, nous avons été contactés par d’autres studios, et les choses ont commencé à prendre de l’ampleur.

ET COMMENT VOUS-ÊTES-VOUS RENCONTRÉS, QU’EST CE QUI VOUS A DONNÉ L’IDÉE D’UN TEL PROJET ?
Ouh, c’est une longue histoire, nous nous sommes rencontrés il y a des années ! C’était quand, en 2003 ? Mark est un mashup DJ, qui a fait des tonnes et des tonnes de mashups. Je faisais le même genre de travail avec de la video. Nous avions été contactés pour un même projet par EMI, à partir des Doors. C’est comme cela que nous nous sommes rencontrés. Nous nous sommes développés en essayant, en testant différentes choses sur les gens. Un de nos projets nous a vraiment aidés à nous développer. On nous disait souvent “vous ne faites que remixer des films, des beats déjà existants, etc.”, ce qui est faux, car nous créons toute la musique derrière en nous servant juste de samples. Mais bon, les gens croient toujours qu’on ne fait que sortir aller acheter un enregistrement, et qu’on leur passe le film correspondant en jouant, ce qui n’est pas du tout le cas. Nous avons donc décidé de tirer avantage du fait de voyager dans le monde entier: pourquoi ne pas embarquer des caméras, des micros, et commencer à filmer des musiciens traditionnels, locaux du monde entier ? De les sampler, et de monter un nouvel album, un nouveau projet inédit. Nous avons des samples de guitare sénégalaise, de bons groupes de Mexico, en Roumanie, en France (accordéons, guitares, batteries). Nous avons construit petit à petit nos archives, on travaille sur ce projet depuis six mois, environ six morceaux de faits pour le moment.
VOTRE PARCOURS MUSICAL AVANT ADDICTIVE TV ?
Mark : Je jouais dans un groupe il y a pas mal d’années de cela dans les années 80-90, à Londres. J’étais guitariste.
Graham: Le mien était plutôt dans les films et la télévision. je n’avais jamais considéré la musique comme une orientation possible dans ma vie, mais après avoir rencontré Mark les choses ont changé.
QUID DE L’EXPÉRIENCE ‘SILENCE ON DANSE’ ? CELA PEUT SEMBLER VRAIMENT ORIGINAL POUR NOUS QUI ACCUEILLONS LE PHÉNOMÈNE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN FRANCE.
Nous avons connu cette expérience pour la première fois à Glastonbury il y a quelques années. Et c’était vraiment bizarre, parce que tant que tu portes le casque, tu es plongé dans la musique, et dès que tu le retires, il n’y a plus rien, juste des gens qui dansent autour de toi et se parlent dans le silence le plus total ! Et je crois que ce soir ils veulent battre leur propre record d’affluence pour une soirée de ce genre. C’est une bonne idée, les autorités locales sont bien plus tolérantes à l’égard d’un évènement s’il est silencieux !
DES PROJETS EN COURS ?
Nous avons une tournée prévue en octobre dans toute la France, dont une à la Cigale à Paris, un showcase au Cube, et des dates à Carcassone, Toulouse.
VOUS PRODUISEZ UN CERTAINS NOMBRE DE MORCEAUX DRUM N’BASS, BREAKBEAT. QUE PENSEZ-VOUS DE LA BASS MUSIC ?
De la musique avec de la basse, hum, c’est une sympathique valeur ajoutée ! (Rires). Eh bien, tout vient des systems Dub jamaïcains. Le gros de tout cela s’est transmis à L’Angleterre, comme à d’autres pays, où beaucoup d’autres genres sont nés à partir de cela, dont le Hip-Hop. C’est une évolution conséquente dans l’histoire de la musique, parmi d’autres. Nous avons fait quelques morceaux D&B, dont un bootleg d’un chanteur populaire brésilien. Je crois que ses fans vont être horrifiés, j’espère qu’il ne va pas nous envoyer ses avocats brésiliens !! (Rires). Nous avons aussi samplé beaucoup de musique classique pour en faire des morceaux D&B. L’idée nous est venue parce que Goldie était dans un programme TV en UK sur BBC 1, et il passait juste après une émission sur la musique classique, c’était un vrai choc culturel ! Nous aimons beaucoup ce genre de crossover. Notre idée est d’être éclectiques, ce qui nous permet de bien mettre en lumière l’originalité de notre procédé créatif. Ce n’est pas vraiment du remix, mais plutôt quelque chose de complètement différent à partir de matériaux préexistants. C’est un peu différent de ce que les gens ont l’habitude de voir et d’entendre.
POUR FINIR, UN TOP 5 DE VOS OEUVRES PRÉFÉRÉES ?
G: Sûrement un Led Zeppelin…
M: Un ABBA, un Rolling Stone…
G: Manu Chao…
M: Sex Pistols, (God Save The Queen), Sid Vicious.
G: En Dance Music… sûrement du Prodigy
M: Du Chemical Brothers. Le mien change toutes les semaines, en fonction de mon humeur.
G: Des films: ‘Batman’, ‘Batman 2’, ‘Batman 3’… (Rires). Non, je suis un gros fan de ‘Star Wars’ en fait. L’un de mes films préférés restera quand même toujours ‘Brazil’ de Terry Gilliam.
M: ‘Shining’ pour moi, des films de zombie
G: Et un film allemand, ‘La Vie des Autres’, vraiment bien fait, je vous le recommande ! Récemment…
M: ‘Twister’, ‘2012’ !
G: Oh mon Dieu, ces film étaient de vrais navets !! (Rires). Non, je dirais que mon réalisateur préféré reste Terry Gilliam (Monty Pythons, Las Vegas Parano, Les Aventures du baron de Munchausen, Tideland, ndlr).
Interview publiée dans le Bass Music Magazine #9 (septembre/octobre 2011)

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