Il y a quelques semaines, je lisais qu’un quinquagénaire breton avait raflé 82 000 € au casino de Saint-Quay-Portrieux. Record de la maison. Je me suis fait la réflexion que ce type, en tirant sur une machine à Saint-Quay, s’inscrivait dans une lignée franchement vieille. Genre : quelques milliers d’années. Le hasard, on joue avec depuis qu’on marche debout ou presque.
Et pourtant on en parle souvent comme d’un truc moderne, un produit de la société de consommation, une invention des Bahamas et de Las Vegas. Perso, je trouve ça complètement à côté de la plaque.
Avant les cartes, il y avait les os
Les archéologues ont retrouvé des osselets dans des tombes égyptiennes datant d’environ 3500 avant notre ère. Des petits os de mouton ou de chèvre, taillés pour tomber sur quatre faces. C’est l’ancêtre du dé. On jouait avec ça pour parier, pour deviner l’avenir, parfois les deux en même temps (la frontière entre religion et jeu, à l’époque, elle était floue).
En Mésopotamie, on a exhumé un plateau de jeu, dit « jeu royal d’Ur », qui date d’environ 2600 av. J.-C. Avec des dés pyramidaux. Les gens misaient dessus. Pas pour des chips à trois balles, hein, mais du grain, du bétail, parfois leur propre liberté.
La Chine s’y met aussi, forcément
En Chine, autour du IXe siècle, on invente les cartes à jouer. Ou plutôt, on invente les premières cartes reconnaissables. Le papier vient d’être popularisé, les gens s’ennuient, et voilà. Les jeux de tuiles (ancêtres du mahjong) apparaissent dans la même période. À la même époque en Europe, on jouait toujours aux dés dans les tavernes, dans la boue, avec le curé qui râlait dans le fond.
Le Moyen Âge : jouer, c’est mal (mais tout le monde le fait)
L’Église chrétienne médiévale a passé des siècles à interdire les jeux de hasard. Saint Louis, en 1254, publie une ordonnance qui bannit purement et simplement les dés dans le royaume de France. Résultat ? Les gens ont joué encore plus, mais en cachette. Classique.
Les cartes arrivent en Europe vers la fin du XIVe siècle, probablement via les échanges avec le monde arabe. Elles se répandent à une vitesse folle. Vers 1400, presque toutes les grandes villes européennes ont leurs joueurs de cartes, leurs tricheurs, leurs procès pour dettes de jeu. Rien de nouveau sous le soleil.
Venise et le premier vrai casino
Le mot « casino » est italien. Il désigne à l’origine une petite maison, un pavillon. Le Ridotto de Venise, ouvert en 1638, est généralement considéré comme le premier établissement de jeux public et légal au monde. L’État vénitien encaissait sa part, les nobles y perdaient leurs fortunes, et l’endroit a fini par être fermé en 1774 parce que ça devenait vraiment n’importe quoi.
Le XIXe siècle et l’invention du casino moderne
C’est là que les choses deviennent chics. Monte-Carlo ouvre en 1863, sous l’impulsion de la famille Grimaldi qui cherchait à renflouer les caisses de Monaco. Bingo (sans mauvais jeu de mots) : le casino sauve la principauté et devient le modèle mondial. Aristocrates russes, industriels allemands, écrivains désargentés (coucou Dostoïevski) viennent s’y ruiner avec panache.
La roulette, dans sa version moderne, se stabilise à ce moment-là. Les machines à sous, elles, sont américaines : la première « Liberty Bell » est fabriquée par Charles Fey à San Francisco à la fin des années 1890.
| Époque | Innovation | Lieu |
|---|---|---|
| ~3500 av. J.-C. | Osselets, ancêtres des dés | Égypte |
| IXe siècle | Premières cartes à jouer | Chine |
| 1638 | Premier casino public (Ridotto) | Venise |
| 1863 | Casino de Monte-Carlo | Monaco |
| ~1895 | Machine à sous Liberty Bell | San Francisco |
| 1994 | Premiers casinos en ligne | Antigua-et-Barbuda |
Le XXe siècle : Vegas et l’industrialisation
Las Vegas passe de bourgade poussiéreuse à capitale mondiale du jeu entre les années 1940 et 1960. Le Nevada a légalisé le jeu en 1931, en pleine Grande Dépression, pour attirer les capitaux. Pari gagné. La mafia y installe ses affaires, puis se fait progressivement remplacer par des groupes cotés en Bourse dans les années 80. Aujourd’hui, Vegas c’est plus proche de Disneyland que de « Casino » de Scorsese.
Le loto, lui, existe depuis toujours ou presque, mais les États modernes s’en emparent au XXe siècle comme d’une manne fiscale. En France, la Loterie Nationale naît en 1933 pour aider les gueules cassées de la Première Guerre.
L’arrivée du numérique change tout
Les premiers casinos en ligne apparaissent en 1994, hébergés à Antigua-et-Barbuda qui vote une loi permettant l’octroi de licences. Vingt ans plus tard, le secteur en ligne pèse plusieurs dizaines de milliards. Les régulations se sont durcies à peu près partout. La Suède, par exemple, impose désormais aux prestataires B2B (les studios qui fournissent les jeux aux plateformes) d’obtenir une licence spécifique. En Australie, Rockstar a récemment dû bloquer l’accès aux jeux de casino de GTA Online pour les joueurs locaux. Le monde virtuel n’échappe pas au réel.
Aujourd’hui, une plateforme comme Casino Extra propose en quelques clics ce qui prenait un voyage en train jusqu’à Monte-Carlo au XIXe siècle, et si vous voulez creuser d’autres ressources sur la culture du jeu vous pouvez aussi jeter un œil à https://mediatheque-carantec.fr/ qui aborde ces sujets sous un angle plus culturel.
Ce que l’histoire nous apprend (ou pas)
Le truc c’est que malgré tout ce chemin parcouru, les débats restent étrangement les mêmes. On s’inquiète de l’addiction (Saint Louis s’en inquiétait déjà). On dénonce les dérives (un fait divers récent au Québec où un homme a détourné 200 000 $ à une victime de fraude amoureuse pour financer ses problèmes de jeu rappelle que la question sociale est réelle). Et on assiste à cette confusion permanente entre spéculation et jeu, dont Warren Buffett parlait encore récemment en accusant les marchés financiers d’être devenus « du jeu de hasard » plus que de l’investissement.
Franchement, ce parallèle est vieux comme le monde. Les tulipomanes du XVIIe siècle jouaient à la bourse d’Amsterdam comme d’autres jouaient aux dés. Le hasard, on peut le mettre dans un tapis vert, dans une action cotée ou dans une crypto obscure, il reste du hasard.
Une pratique qui dit beaucoup sur nous
Ce qui me frappe le plus, en fait, c’est la constance. On a beau changer les supports, changer les lois, changer les époques, le rapport humain au hasard reste identique. L’attrait du gain rapide. La superstition. Le frisson. Le regret. Les osselets égyptiens racontaient la même histoire que les machines à sous d’aujourd’hui.
FAQ
Quel est le plus vieux jeu de hasard connu ?
Les osselets, retrouvés notamment dans des tombes égyptiennes datant d’environ 3500 av. J.-C. Ils servaient à la fois au jeu, à la divination et à des rituels religieux.
Pourquoi le mot « casino » est-il italien ?
Parce que le premier établissement de jeux public et légal, le Ridotto, a ouvert à Venise en 1638. À l’origine, « casino » désignait simplement une petite maison ou un pavillon en italien.
Quand les casinos en ligne sont-ils apparus ?
En 1994, à la suite d’une loi votée par Antigua-et-Barbuda autorisant l’octroi de licences pour des plateformes de jeux sur internet. Le secteur a explosé au début des années 2000 avec la démocratisation du haut débit.
La régulation des jeux de hasard est-elle différente selon les pays ?
Oui, et c’est même l’un des sujets les plus complexes du secteur. La Suède impose des licences B2B aux studios de jeux, l’Australie bloque certains contenus même dans les jeux vidéo, et la France a son propre régulateur (l’ANJ). Chaque pays a son approche.