BMM#11 – Interview de SILENT DUST

Tout amateur de Liquid Funk qui se respecte n’aura pas pu rater Hobzee & Zyon Base, qui ont été parmi les précurseurs de la tendance Deep à la fin des années 2000. Je vous invite d’ailleurs à redécouvrir leur fameux ‘’Paper Cranes’’ sorti sur Samuraï il y a environ quatre ans. Nous ne les avions plus vus depuis quelques années déjà. C’est qu’ils nous préparaient un tout nouveau projet : Silent Dust. Le duo ainsi formé propose désormais une D&B inclassable, loin des exigences et du formatage imposé par les dancefloors. A première écoute, ça nous évoquerait presque les plaines gelées de Russie ! Rythmiques discrète, nuances et ambiances film noir qui saurons séduire les plus mélomanes d’entre nous. Leur premier album éponyme semble vouloir contenir les pierres fondatrices du projet. Il est accompagné d’un EP de remixes proposés par Triad, Eveson, Rrother et Kab Driver.
ALORS, TOUT D’ABORD, POUVEZ-VOUS NOUS EXPLIQUER COMMENT L’IDÉE DE CE PROJET VOUS EST VENUE, PUISQU’IL EST SOMME TOUTE ASSEZ DIFFÉRENT DE CE QUE VOUS FAISIEZ AVANT ?
Zyon Base : Rien de vraiment programmé en fait, nous avons écrit ‘’Marlowe’’ en premier, qui était assez différent en effet de nos précédents projets. Puis Typist, qui là s’écartait franchement de notre univers original. Nous les avions faites tourner aux gens en tant que Zyon Base & Hobzee. Silent Dust devait être le nom de l’album à l’origine, puis quand il a commencé à prendre forme on a pensé que nous devions prendre un nouveau nom. Et que nous touchions à un style et une manière de faire qui fonctionnait bien pour un album. Parce que les morceaux n’étaient pas particulièrement DJ friendly de toute façon et le fait que nous n’aimions pas particulièrement être Zyon Base & Hobzee, c’est beaucoup mieux d’apparaître comme un vrai duo.
CE N’EST PAS UN PEU RISQUÉ DE VOULOIR APPARAÎTRE SOUS UN TOUT NOUVEAU NOM ? CERTAINS AURAIENT PU TROUVER LE PROCÉDÉ UN PEU TROP RISQUÉ.
Si on écrit sous le nom de Hobzee & Zyon Base, ce serait faire comme si le projet voulait se bâtir sur ce que nous avons accompli avant alors que nous le concevions comme quelque chose de complètement nouveau. C’était un risque c’est sûr, mais nous avons décidé de le prendre lorsque ce devait être signé sur Soul:R. Nous aurions été un peu moins libre de créer ce que nous voulions si nous l’avions fait sous nos anciens noms. Ça nous a permis de prendre plus de risques musicalement parlant.
VOUS ÊTES DONC ASSEZ FAMILIERS AVEC MARCUS INTALEX JE SUPPOSE ?
Zyon Base : Je l’avais rencontré quand j’étais jeune, dans une soirée Soul:ution à Manchester, et j’avais des amis qui connaissaient DRS et les gars de Soul:R. Mais nous ne l’avons rencontré vraiment que lorsqu’on lui a passé la démo de Silent Dust la première fois. Il ne se souvenait absolument pas de nous, normal… (Rires) Je n’étais qu’un gamin bourré de plus, alors… L’album était programmé sur Soul :R pendant un bon moment, nous l’avons donc pas mal fréquenté, et appris beaucoup sur l’«industrie» de la musique. Il avait bien compris que nous faisions quelque chose de tout à fait différent. Peu de gens dans la mouvement sont aussi honnêtes que lui.
Hobzee : Je me souviens de lui et St Files dire que c’était le genre d’album qu’ils auraient aimé pouvoir faire il y a quelques années.
VOS INTENTIONS AVEC CET ALBUM ?
Il faut se montrer capable de s’imposer de nouveaux défis quand tu fais de la musique. C’est bien d’écrire des choses avec sa propre formule, mais tu finis par atteindre un seuil où tu dois faire un pas en arrière et essayer quelque chose de neuf. Nous ressentions tous les deux la même chose au même moment. Nous avons composé cet album plus vite et plus facilement que nous ne l’avions jamais fait auparavant.
DES INFLUENCES PARTICULIÈRES ? VOS AMBIANCES SONT ASSEZ UNIQUES EN LEUR GENRE…
Les mêmes qu’auparavant, nous avons été simplement plus ouverts sur la manière de les intégrer à notre musique. Plus d’influences Hip Hop, Techno, Electronica, mises en avant de façon plus évidente c’est sûr. On pense D&B, et on n’avait pas vraiment réalisé jusqu’alors à quel point les productions de Photek du milieu des années 90 nous avaient influencés. Lorsque tu écoutes des artistes comme Madlib, il n’essaie pas de contrôler les samples qu’il utilise. Il laisse l’influence déterminer le morceau fini. Et cette attitude a été pour nous une grande inspiration. Laisser les choses se produire de manière naturelle. Nous avons terminé l’album en trois mois environ. Si tu te penches un peu sur l’histoire de la D&B des années 1996-1997, la D&B fusionnait beaucoup plus avec les autres genres. Elle a influencé la Pop. De la même façon nous avons la « Bass » Music maintenant. Tu avais la grande époque Breakbeat. Toutefois la D&B a cessé d’être aussi innovative au début des années 2000. Non qu’il n’y ait pas eu de bons morceaux après ça, mais la grande majorité était vraiment fade. Mais les choses les plus créatives ont réussi à créer leur propre scène au sein du mouvement. Pas franchement toujours la bienvenue si on regarde à l’extérieur de l’Angleterre.
LES ARTISTES QUI VOUS ONT LE PLUS INSPIRÉS DANS VOTRE TRAVAIL ?
Nous adorons découvrir de nouvelles choses. Du passé comme du présent, la recherche ne s’arrete jamais ! Du Blues et de la Soul de Memphis. On en retrouve beaucoup dans l’album. Flying Lotus nous a fait réaliser que tu pouvais vraiment t’exprimer, même avec une sensibilité Pop. Il ne faut pas se limiter aux structures ennuyeuses imposées par le DJing. Les deux albums de Burial nous ont aussi beaucoup marqués. Le premier vrai exemple de Dance Music rétrospective. La manière dont ça a été produit le fait percevoir comme un vrai souvenir. Des noms actuels, je dirais OM Unit, Ital Tek, Blue Daisy, …
EN D&B ?
Calibre est toujours aussi étonnant. Fracture & Neptune également. Equinox, Skitty. Les gens vont écouter notre album et dire « oh ils n’utilisent pas de breaks, blablabla… » Mais c’est seulement la manière dont nous faisons de la musique. Nous aimons toujours les morceaux breakés. La Jungle a toujours été sur le point de faire son grand retour mais ne l’a jamais vraiment fait. C’est ce qui lui a sans doute permis de rester vraiment rafraichissante. Des gens comme Fanu ou ASC, qui font leur propre truc dans leur coin, nous plaisent aussi beaucoup. Noisia est aussi assez intéressant, même si nous ne sommes pas fans de tous les morceaux, ils sont assez innovateurs quand ils en viennent à la D&B. Rockwell, oui, mais c’est dommage que son son se retrouve noyé dans tous les clones de vingt ans qui veulent le suivre.
QUELLES SONT LES CHOSES QUI VOUS ONT VRAIMENT DONNÉ ENVIE DE PRODUIRE ?
Hobzee : A la fin des années 90 il n’y avait pas vraiment de sous-genres. Mais les premiers Calibre et M.I.S.T m’ont donné envie de faire quelque chose de similaire. J’aimais aussi ce qui sortait sur Virus et Bad Company, mais je n’ai jamais eu envie de faire ce genre de choses. Je voulais avant tout être DJ à la base. Dès que j’ai pu j’ai investi dans des platines.
Zyon Base : J’y suis venu un peu plus tard pour ma part. Je jouais de la guitare dans divers groupes, puis j’ai composé du Hip-Hop, du Downtempo avant de passer à la D&B. Mais à Manchester, la scène Drum & Bass était celle où il était le plus intéressant de s’investir. Ce sont les gens qui m’ont donné envie de m’y investir vraiment. La vibe qui régnait dans ces soirées, et qui s’est développée en amour pour la musique.
Hobzee : Pareil pour moi. La D&B / Jungle était très fortement représentée à l’école. Des amitiés se créent, l’atmosphère est incroyable. Quand tu t’investis dans un certain genre de musique étant jeune, c’est pour beaucoup plus que la musique seule. C’est l’expérience. On a sans doute perdu de vue tout cela. Mais je pense que les ados qui vont en soirée maintenant aiment la D&B et le Dubstep autant que nous l’avons fait à leur âge.
VOUS AVEZ FINALEMENT SORTI CET ALBUM SUR VOTRE PROPRE LABEL, NONE60, CE QUI AURAIT PU S’AVÉRER TOUT AUSSI RISQUÉ ! POUVEZ-VOUS DIRE UN MOT À CE SUJET ?
Nous avons créé None60 car nous n’avions pas envie d’envoyer à nouveau des démos aux labels. Nous étions contents de pouvoir le sortir sur Soul:R, mais comme ça ne s’est pas passé, il semblait approprié de créer notre propre label pour le sortir. C’etait quelque chose que nous avions l’intention de faire une fois l’album sorti de toute façon. C’est sympa sachant que maintenant nous avons le contrôle. Nous avons un remix de Calibre pour le premier 12’, Marcus Intalex et OM pour le suivant. C’est certain que ça aide, sans les remixes de l’album ça aurait sans doute été risqué en effet. Mais nous espérons et pensons que nous avons fait les choses correctement. Nous avons été honnêtes et nous savons que nous n’allons pas faire des millions, nous voulions juste rendre justice à l’album.
UN DERNIER MOT POUR LA FIN (FRANÇAIS, SI POSSIBLE) ?
Hobzee : Le hot dog ?
Zyon Base : Le walk-man ? (Rires.)
Interview publiée dans le Bass Music Magazine #11 (janvier/février 2012)

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