BMM#11 – Interview de PINCH (Tectonic)

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Photo de Pinch par Jimmy Mould

Pinch fait partie de ceux qui ont donné au Dubstep ses lettres de noblesse. Producteur assidu depuis plus de sept ans, l’auteur du légendaire «Qawwali» a su développer une identité artistique hors pair, tant par ses productions qu’à travers son label. D’ailleurs, Tectonic a fêté sa cinquantième sortie cette année. Les évènements vont bon train donc, et s’il ne se repose pas sur ses lauriers, c’est que les projets ne manquent pas. Nous avons pu discuter de tout cela lors de son passage à Lyon pour la soirée EZ!

COMMENT AS-TU SENTI LA FOULE CE SOIR ?

C’était bien. Ce n’était pas forcément un public typique Dubstep mais plutôt hétérogène je crois, j’ai pu enchainer les rythmes Garage et House de Likhan pour envoyer du son orienté House et Dubtep, c’est bien passé.

EN TERME DE RÉACTIONS, LE PUBLIC FRANÇAIS TE SEMBLE T-IL DIFFÉRENT DES AUTRES PAYS OÙ TU AS JOUÉ ?

C’est difficile à dire, tout ce que je vois sont des gens qui réagissent à ma musique .Quand tu vas aux soirées en Chine, en Russie ou au Japon, le public est différents c’est certain. En Europe en général, le public est plutôt homogène.

À PROPOS DE CE QUE TU JOUES, COMMENT DÉFINIS-TU TA MUSIQUE ?

«A pinch of this and a pinch of that» (rires). En toute honnêteté, je fais du Dubstep depuis 7 ans maintenant,  et j’ai été vraiment amoureux de ce genre, jusqu’à ce que, comme avec toutes choses, cela devienne répétitif et ennuyeux. J’ai commencé l’année dernière à jouer à de nouveaux tempos, j’ai écris beaucoup de morceaux à 128 BPM plutôt qu’à 140 BPM. L’important est de rester intéressé par ce que l’on fait, essayé de faire avancer les choses plutôt que de refaire toujours la même. Pour moi c’est important de travailler sur plusieurs tempos différents, il n’y a aucunes raisons de rester collé au même tempo toute sa vie. Chacun fait comme il veut, pour ma part j’y trouve mon lot d’inspiration.

RÉCEMMENT TU AS SORTI UN NOUVEL ALBUM, EN COLLABORATION AVEC SHACKLETON. PARLES-NOUS DE CE PROJET ?

A l’origine on s’était dit avec Sam (Shackleton) que l’on pourrait monter un label spécifiquement pour l’occasion. Et puis vu la dose de travail que l’on a, l’un et l’autre, on a préféré présenter la musique à un label déjà existant. Sam en a parlé avec Honest Jon’s Records et ils ont accueilli l’album avec plaisir. Je dois dire, j’apprécie le fait de signer des morceaux sur différents labels.

ON TE DEMANDE BEAUCOUP CES TEMPS-CI ?

J’ai un paquet de remixes à faire, malgré le fait que je privilégie le travail sur mes propres morceaux. Avec le temps ça s’entasse… Je dois l’admettre, pour moi devoir faire des remixes relève du travail et je considère la production musicale vraiment comme un hobby. Je souhaite que ça le reste. Je n’ai que très peu de temps libre alors, mes sessions sonores débutent souvent autour de minuit et parfois finissent à six heure. Et j’aime ça.

TU TRAVAILLES CHEZ TECTONIC ET MULTIVERSE, PARLES-NOUS DE TON JOB JUSTEMENT.

Multiverse est une maison d’édition à proprement dit. On est cinq à travailler, on a des locaux de qualité avec un bon studio à Bristol. Je m’occupe de l’A&R de Tectonic, et prend soin des autres labels Kapsize, Build, Earwax, Subtext, World of Wonders ou encore State of Joy afin d’arranger la production, la gestion des licences…  On est très occupé.

EN PRENANT COMPTE DES ÉVOLUTIONS DU DUBSTEP, COMMENT VOIS-TU L’ÉVOLUTION ESTHÉTIQUE SUR TECTONIC ?

C’est peut être égoïste mais dans ma perspective, je signe ce qui me plaît et c’est tout. Il y a clairement une esthétique Tectonic, mais je ne crois pas qu’elle soit nécessairement dépendante du tempo Dubstep. Pour moi c’est important de garder un œil sur les idées des producteurs et de rester interressé par la musique : si ce n’est pas dans le domaine Dubstep, ce n’est pas un problème.

Des labels légendaires tels que Warp par exemple, vous diraient qu’ils ont une esthétique propre, même si ça part dans tous les genres. Et je pense que d’une manière similaire, c’est comme ça que j’aimerai voir Tectonic évoluer. Je voudrais qu’il pousse au-delà des frontières du Dubstep, ne pas être qu’un label Dubstep de plus. Pour moi c’est juste signer de la bonne musique est être impressionné par des producteurs qui ont un son frais et différent à offrir. Je veux préserver ça.

DE NOUVELLES SIGNATURES SUR LE LABEL DERNIÈREMENT ?

On vient de boucler l’album de Author qui est vraiment excellent : très orienté Dubstep, mais très musical. L’année prochaine on verra débarquer l’album de Distal, producteur americain qui lâche des sons Acid complètement fous aux influences Juke et Techno. Je suis vraiment excité par ce projet.

Pour moi les premiers jours du Dubstep étaient vraiment excitants parce qu’on touchait et incorporait des éléments d’autres styles en les faisant muter en quelque chose d’autre. Malgré le fait que le son se soit formalisé, que le public attende désormais un certain type de son, c’est cette vision qui persiste en moi : surprendre, faire quelque chose d’inattendu. C’est cet esprit d’expérimentation qui m’anime, qui me pousse à changer le tempo, travailler de nouveaux rythmes et c’est de là que la nouveauté surgit. Au fond, c’est une manière de progresser à mon sens.

SOUHAITES-TU AJOUTER QUELQUES CHOSES ?

A côté de cet album en collaboration avec Shackleton, je viens d’enregistrer un mix pour la série Fabric Live, ça sortira en janvier. J’ai fait un mix un peu particulier, un peu comme ce soir, une mixture de morceau à différents BPM. Le mix en lui-même est une boucle qui finit à l’endroit même où il démarre. Si tu le mets en repeat, ça marche.

Interview publiée dans le Bass Music Magazine #11 (janvier/février 2012)

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