BMM#11 – Interview de GHISLAIN POIRIER (Ninja Tune)

Ghislain_Poirier_photo_by_Raphael_Ouellet_MEDRES

DJ et producteur, Ghislain Poirier est l’un des DJs les plus éclectiques de ces 15 dernières années, aussi à l’aise dans le Grime que la Soca, le francophone de chez Ninja Tune a sorti son EP en janvier. Entretien avec ce DJ qui a su mettre une touche d’électronique dans la « world music ».

EN 2007, TU SORS TON PREMIER ALBUM CHEZ NINJA TUNE « NO GROUND UNDER ». COMMENT CETTE SIGNATURE S’EST CONCRÉTISÉE ?

À l’époque, Ninja Tune avait une antenne à Montréal et c’est à travers les gens de Montréal que j’ai signé avec Ninja Tune. Ça s’est fait progressivement et naturellement. J’ai joué dans quelques événements Ninja Tune à Montréal et après on a officialisé le tout. J’étais content car mon ami The Bug a signé en même temps avec le label et bien que notre son soit différent, tous les deux on partage un amour pour le Dancehall et notre musique l’illustre bien.

TU ES UN DES RARES DJS À NE PAS FAIRE DE GROS FEATURINGS MAIS PLUTÔT DE CHERCHER LA PERLE RARE NOTAMMENT DANS LA SCÈNE LOCALE. COMMENT SE PASSE CE PROCESSUS ? EST-CE QUE TU PARCOURS TOUTES LES SOIRÉES À LA RECHERCHE DE LA PERLE RARE ?

Le tout se fait au hasard des soirées, des rencontres et des voyages, car bien que j’ai beaucoup collaboré avec des MCs d’ici, j’ai aussi travaillé avec plusieurs MCs à l’étranger. En ce qui concerne Montréal, je reste toujours à l’affût. Ce qu’il faut savoir, c’est que la plupart du temps les MCs avec qui je collabore à Montréal viennent d’un autre background musical et ne sont pas nécessairement au courant de la scène dans laquelle je m’inscris. L’approche est donc progressive parce que même si je veux faire de la musique avec eux, cela peut prendre beaucoup du temps pour qu’ils soient à l’aise avec cette nouvelle musique. Cela a pris six mois à Boogat pour écrire sur le premier beat que je lui ai donné. Des anecdotes comme ça, j’en ai plein. C’était tellement une vibe différente que Boogat ne savait pas comment aborder le tout.
Maintenant, après avoir tournés ensemble et fait quelques autres tracks, le processus est vraiment plus rapide. Je peux donner un beat à Boogat et une semaine plus tard il a écrit les paroles et même déjà enregistré ! Au final, mon but est d’essayer d’établir une relation de confiance où l’on se rejoint musicalement et où l’on se dépasse. Plus je fais des tracks avec un MC, plus nous pouvons pousser encore plus loin la forme.

JE SAIS QUE, MALGRÉ TOUS LES GIGS INTERNATIONAUX, TU RESTES TRÈS ATTACHÉ AU QUÉBEC ET ON A PU LE VOIR AVEC TES COLLABORATIONS AVEC FACE-T ET BOOGAT. QUEL EST TON POINT DE VUE SUR LA SCÈNE QUÉBÉCOISE ?

Je pense qu’on a beaucoup de talent ici. Par contre, je trouve qu’on a souvent manqué d’opportunisme pour se propulser vers l’avant et de se comparer avec ce qui se fait à l’étranger. De réclamer notre place sur l’échiquier musical mondial. Quoique, je remarque depuis 1 an, et ce à mon plus grand plaisir, une nouvelle vague de producers qui montent avec une nouvelle attitude. Le public semble aussi avoir une nouvelle attitude, une fierté locale/internationale s’installe. C’est pas aussi patriotique qu’à Londres (une chance!), mais le public d’ici commence à voir que nos talents s’exportent bien s’ils sont d’abord bien reçus chez eux. On dirait que cela a pris presque 10 ans avant de voir un nouveau souffle majeur. Il était grand temps que ça arrive.

QUEL EST LE DJ MONTRÉALAIS QUE TU AFFECTIONNE LE PLUS ?

Je ne peux pas en nommer qu’un seul ! J’aime beaucoup ce que fais Lexis, Rilly Guilty, Ghostbeard et Maysr.

QUELS SONT LES ARTISTES AVEC QUI TU AIMERAIS TRAVAILLER EN CE MOMENT ?

Y’a beaucoup d’artistes que je respecte et avec qui je voudrais travailler, qu’ils soient underground ou très connus. En voici quelques-uns: Mr Vegas, Skinny Fabulous, Bunji Garlin, Roots Manuva, Bombino, Dizzee Rascal, Azealia Banks.

EN PLUS DE 10 ANS DE CARRIÈRES (PRESQUE 15 SI ON COMPTE TES DÉBUTS EN RADIO), TON STYLE MUSICAL A PARTICULIÈREMENT ÉVOLUÉ. COMMENT EXPLIQUES-TU ÇA ?

Je pense que peu de gens restent toujours dans la même phase musicale. Nos goûts en tant qu’auditeur changent avec le temps et c’est bien normal. Je crois que c’est le même processus en tant que producer. Quand je faisais de la radio en 1995-2001, j’étais en totale phase avec Autechre et Aphex Twin et tout ce qui ce faisait chez Warp. Mais en même temps j’ai toujours suivi la scène Hip-Hop, des fois de près, des fois d’un peu plus loin. Même chose pour la scène Dub / Reggae / Dancehall. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai jamais eu de phase Rock!

TU AS FAIT DÉCOUVRIR À BEAUCOUP DE GENS LE SOCA EN LE PRODUISANT À TA SAUCE. COMMENT AS-TU DÉCOUVERT CETTE MUSIQUE ?

Totalement par hasard. J’étais à Boston début 2005. Grosse tempête de neige du genre 70 cm d’accumulation. La ville était déserte, en état de siège. La mairie disait aux gens de rester chez eux. Je magasinais chez un disquaire usagé et une pochette a attiré mon attention. C’était la compilation «Lif Up Yuh Leg An Trample» sur Honest Jon’s Records. C’était mon premier contact avec le Soca. Je ne savais pas si j’aimais ça, mais j’étais sérieusement intrigué et j’ai acheté le disque. J’ai écouté la compilation quelques fois afin d’essayer de comprendre ce que c’était puis j’ai repéré deux, trois tracks qui me plaisaient qui avaient un phrasé plus Ragga et j’ai commencé à les jouer dans mes sets de DJ. Ça me permettait d’aller à un stade encore plus intense après avoir joué du Baile Funk. Je ne connaissais personne qui jouait ça. J’ai donc tranquillement creusé mon filon, me suis renseigné et trouvé plus de Soca. Éventuellement, j’ai fait un remix bootleg et la réception fut très bonne. La suite logique était de produire du matériel original avec ma touche parce que faire des remixes bootlegs et des mashups n’est pas une finalité, mais une étape. Le but en tant qu’artiste est d’apporter sa voix, son originalité à travers notre art.

TU ES UN HABITUÉ DE LA SCÈNE LYONNAISE. QUELS EN SONT TES SOUVENIRS ?

J’ai joué trois fois à Lyon, trois contextes assez différents, et j’en garde de très bons souvenirs. La dernière fois, c’était aux Nuits Sonores en 2010 en fin d’après-midi par une belle journée ensoleillée et j’étais avec Face-T. Se produire en plein air et en plein jour revêt toujours un caractère spécial qui font du bien en comparaison des bars. D’ailleurs, j’aurais bien aimé rester quelques jours pour bien profiter des Nuits Sonores mais on devait voyager le lendemain. J’ai aussi joué à La Marquise en 2007 et au Grnd Zero en 2008. D’ailleurs, jouer sur des bateaux/péniches comme La Marquise est vraiment rare en Amérique du Nord.

TON PROCHAIN EP «SOCA ROAD» SORT EN JANVIER, IL SERA RÉSOLUMENT SOCA. PEUX-TU NOUS EN DIRE UN PEU PLUS ?

C’est un EP de quatre titres orientés Soca à la lisière de la musique électronique. Même que la track «Work That» se mixe bien avec du Juke / Footwork. Toutes les tracks sont à 160 BPM, une vitesse que j’affectionne particulièrement. Peu de producteurs et DJ osent s’aventurer à ce tempo. Or, pour l’avoir plus d’une fois prouvé, jouer dans un set quelques tracks à 160 BPM peut vraiment envoyer la soirée dans une autre dimension! Sur cet EP j’ai deux collaborations vocales. L’une avec Imposs, un rappeur de Montréal / Haïti qui fait partie d’un des plus grands groupes Hip-Hop que le Québec a connu, c’est-à-dire Muzion, et qui fait pour la première fois une chanson à un tempo aussi rapide. On a vraiment fait le truc à la sauce carnaval, le tout en créole ! L’autre collaboration est avec EJ Von Lyrik, une rappeuse / chanteuse de Cape Town en Afrique du Sud que j’ai rencontrée là-bas. La vibe était bonne et on a réussi à complèter la track même une fois que j’étais revenu à Montréal.

QUE PENSES-TU DE L’ÉVOLUTION DU DJING ?

Je crois qu’il y a eu une obsession de la technique au détriment de la musique. C’est un peu normal de se réfugier dans la technique car c’est quelque chose qu’on peut facilement juger et comparer tandis que la sélection musicale est quelque chose de plus subjectif. Personnellement, je suis de l’école où la sélection musicale prime avant tout. Le gars pourrait mixer avec des vides entre les morceaux que ça ne me dérangerait pas si les tracks sont hots et recherchés ! Un peu comme certains DJs Dub / Reggae old-school. Je trouve aussi que connaître sa musique est une qualité essentielle. C’est bien beau avoir dix millions de tracks sur son disque dur, encore faut-il les avoir écoutées, filtrées et savoir ce que c’est et quels sont les bons moments pour les jouer et avec quoi.

Interview publiée dans le Bass Music Magazine #11 (janvier/février 2012)

QUELS SONT LES ARTISTES AVEC QUI TU AIMERAIS TRAVAILLER EN CE MOMENT ?

Y’a beaucoup d’artistes que je respecte et avec qui je voudrais travailler, qu’ils soient underground ou très connus. En voici quelques-uns: Mr Vegas, Skinny Fabulous, Bunji Garlin, Roots Manuva, Bombino, Dizzee Rascal, Azealia Banks.

EN PLUS DE 10 ANS DE CARRIÈRES (PRESQUE 15 SI ON COMPTE TES DÉBUTS EN RADIO), TON STYLE MUSICAL A PARTICULIÈREMENT ÉVOLUÉ. COMMENT EXPLIQUES-TU ÇA ?

Je pense que peu de gens restent toujours dans la même phase musicale. Nos goûts en tant qu’auditeur changent avec le temps et c’est bien normal. Je crois que c’est le même processus en tant que producer. Quand je faisais de la radio en 1995-2001, j’étais en totale phase avec Autechre et Aphex Twin et tout ce qui ce faisait chez Warp. Mais en même temps j’ai toujours suivi la scène Hip-Hop, des fois de près, des fois d’un peu plus loin. Même chose pour la scène Dub / Reggae / Dancehall. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai jamais eu de phase Rock!

TU AS FAIT DÉCOUVRIR À BEAUCOUP DE GENS LE SOCA EN LE PRODUISANT À TA SAUCE. COMMENT AS-TU DÉCOUVERT CETTE MUSIQUE ?

Totalement par hasard. J’étais à Boston début 2005. Grosse tempête de neige du genre 70 cm d’accumulation. La ville était déserte, en état de siège. La mairie disait aux gens de rester chez eux. Je magasinais chez un disquaire usagé et une pochette a attiré mon attention. C’était la compilation «Lif Up Yuh Leg An Trample» sur Honest Jon’s Records. C’était mon premier contact avec le Soca. Je ne savais pas si j’aimais ça, mais j’étais sérieusement intrigué et j’ai acheté le disque. J’ai écouté la compilation quelques fois afin d’essayer de comprendre ce que c’était puis j’ai repéré deux, trois tracks qui me plaisaient qui avaient un phrasé plus Ragga et j’ai commencé à les jouer dans mes sets de DJ. Ça me permettait d’aller à un stade encore plus intense après avoir joué du Baile Funk. Je ne connaissais personne qui jouait ça. J’ai donc tranquillement creusé mon filon, me suis renseigné et trouvé plus de Soca. Éventuellement, j’ai fait un remix bootleg et la réception fut très bonne. La suite logique était de produire du matériel original avec ma touche parce que faire des remixes bootlegs et des mashups n’est pas une finalité, mais une étape. Le but en tant qu’artiste est d’apporter sa voix, son originalité à travers notre art.

TU ES UN HABITUÉ DE LA SCÈNE LYONNAISE. QUELS EN SONT TES SOUVENIRS ?

J’ai joué trois fois à Lyon, trois contextes assez différents, et j’en garde de très bons souvenirs. La dernière fois, c’était aux Nuits Sonores en 2010 en fin d’après-midi par une belle journée ensoleillée et j’étais avec Face-T. Se produire en plein air et en plein jour revêt toujours un caractère spécial qui font du bien en comparaison des bars. D’ailleurs, j’aurais bien aimé rester quelques jours pour bien profiter des Nuits Sonores mais on devait voyager le lendemain. J’ai aussi joué à La Marquise en 2007 et au Grnd Zero en 2008. D’ailleurs, jouer sur des bateaux/péniches comme La Marquise est vraiment rare en Amérique du Nord.

TON PROCHAIN EP «SOCA ROAD» SORT EN JANVIER, IL SERA RÉSOLUMENT SOCA. PEUX-TU NOUS EN DIRE UN PEU PLUS ?

C’est un EP de quatre titres orientés Soca à la lisière de la musique électronique. Même que la track «Work That» se mixe bien avec du Juke / Footwork. Toutes les tracks sont à 160 BPM, une vitesse que j’affectionne particulièrement. Peu de producteurs et DJ osent s’aventurer à ce tempo. Or, pour l’avoir plus d’une fois prouvé, jouer dans un set quelques tracks à 160 BPM peut vraiment envoyer la soirée dans une autre dimension! Sur cet EP j’ai deux collaborations vocales. L’une avec Imposs, un rappeur de Montréal / Haïti qui fait partie d’un des plus grands groupes Hip-Hop que le Québec a connu, c’est-à-dire Muzion, et qui fait pour la première fois une chanson à un tempo aussi rapide. On a vraiment fait le truc à la sauce carnaval, le tout en créole ! L’autre collaboration est avec EJ Von Lyrik, une rappeuse / chanteuse de Cape Town en Afrique du Sud que j’ai rencontrée là-bas. La vibe était bonne et on a réussi à complèter la track même une fois que j’étais revenu à Montréal.

QUE PENSES-TU DE L’ÉVOLUTION DU DJING ?

Je crois qu’il y a eu une obsession de la technique au détriment de la musique. C’est un peu normal de se réfugier dans la technique car c’est quelque chose qu’on peut facilement juger et comparer tandis que la sélection musicale est quelque chose de plus subjectif. Personnellement, je suis de l’école où la sélection musicale prime avant tout. Le gars pourrait mixer avec des vides entre les morceaux que ça ne me dérangerait pas si les tracks sont hots et recherchés ! Un peu comme certains DJs Dub / Reggae old-school. Je trouve aussi que connaître sa musique est une qualité essentielle. C’est bien beau avoir dix millions de tracks sur son disque dur, encore faut-il les avoir écoutées, filtrées et savoir ce que c’est et quels sont les bons moments pour les jouer et avec quoi.

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