BMM#10 – Interview de Ikonika

Ikonika a beaucoup fait parler d’elle depuis 2007 avec ses premiers maxis sur Hyperdub, puis son album «Contact Love Want Have». Pourtant, depuis ces sorties, les nouveaux titres de Ikonika se font rare. Nous avons profité de son passage à lyon pour en savoir un peu plus sur ce qu’elle nous prépare…
TU VIENS JUSTE DE FINIR TON SET, COMMENT AS TU SENTI LA FOULE LYONNAISE ? PLUTÔT RÉCEPTIVE À TA MUSIQUE ?
Ikonika: Honnêtement, je n’en sais rien et à vrai dire ce n’est pas trop mon problème. Je vais sur scène et dans mon esprit c’est comme si j’étais dans ma chambre. Je n’ai jamais voulu aligner ma musique sur ce que les foules veulent, je fais ma musique suivant ce que je ressens moi. J’ai fais assez de soirée Dubstep pour savoir ce que les gens pensent de ma musique, et je n’y fais pas vraiment attention à vrai dire, c’est peut être ce qui m’a valu différentes nominations à certains Dj Awards en Angleterre. Ça me donne une certaine assurance.
QUELLES SONT LES ACTUALITÉS CONCERNANT IKONIKA ?
Tout s’est passé très vite depuis 2006, l’année où j’ai commencé à produire. 2011 est une année que je prends pour me poser, travailler mes DJ sets tout en développant mon label « Hum + Buzz ». Cela me permet de redéfinir ce qu’est Ikonika pour avancer plus loin encore. Je ne suis pas «la femme ambassadrice de la musique électronique» ou quoi que ce soit. Je ne vois pas ce que mon genre vient faire là et à vrai dire, je n’ai jamais vraiment compris. Je voulais juste surprendre avec ces sons Wonkee, post-Dubstep, Future Garage… Mais c’est beaucoup de pression pour quelqu’un qui ne souhaite pas vraiment être considéré comme …
UNE ICÔNE ?
Précisément. Le nom Ikonika vient du mot iconoclaste, qui signifie la volonté de détruire les icônes religieuses. La recherche d’Ikonika consiste à détruire et reconstruire musicalement. J’ai pris cette année pour penser à tout ça et cette réflexion m’amène à créer un son plus sombre, qui prend des libertés par rapports à ce que la foule pourrait attendre.
PARLE-NOUS DE TON LABEL « HUM + BUZZ » ?
Mon prochain Ep sortira dessus au début de l’année prochaine. Cette sortie a connu d’incessants changements de tracklist, je ne suis pas très à l’aise en tant qu’artiste et directeur artistique du label. Mais je suis fière des autres talents que j’ai signés. Le dernier disque par exemple est de Dro Carey, un jeune australien qui concentre tant d’influence dans ses morceaux, que sa musique a vraiment un son unique. Ce qui m’ennuie dans cette histoire c’est qu’il a fallu que des DJs anglais jouent sa musique pour que la scène australienne prenne conscience de son talent.
COMPTES-TU RETOURNER SUR HYPERDUB ?
Quand je parle à Kode 9 de mes projets d’album, et que je lui dis que je veux développer un son influencé «Freestyle House», «Techno de Detroit», «Early Chicago House»… il se moque de moi. Parce que lui, il a 10 ans de plus, il a vu l’avènement de toutes ces scènes et leurs mutations en live. Il y voit des cycles. Moi, j’ai envie de prétendre que je suis une gamine de 16 ans habitant à Chicago en 1984, comme ci je pressais le bouton reset sur une console de jeu. A priori quand un truc te gonfle, tu retournes aux classiques, et ainsi de suite, comme un cercle. Je ne veux pas être un cercle, je veux être un arbre, avec pleins de pousses et de branches (Rires). Je veux explorer d’autres styles, d’autres recettes. Je pourrais faire mille et une versions de «Please» ou «Sahara Michael», mais ça ne m’intéresse pas. Je veux bouger en permanence, sans cesse me renouveler.
AVEC TOUS CES PROJETS, TU ARRIVES À BIEN ORGANISER TON TEMPS ?
Oui, bien sûr. Je passe mes weekends à jouer, la semaine j’équilibre, je ne peux pas passer mes semaines dans mon studio, ça me rendrait dingue. J’essaie d’écrire mes morceaux en deux, trois jours. Souvent Kode 9 me demande de retravailler certaines choses sur mes productions, et je lui dis de laisser tomber. Je ne veux plus faire de rectifications, je veux des morceaux finis. Et justement, je me sens très à l’aise avec mes dernières productions.
Interview publiée dans le Bass Music Magazine #10 (novembre/décembre 2011)

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