BMM#10 : interview de Fajune

fajune

A l’occasion de l’édition 2011 du festival Woodstower, qui s’est déroulé début septembre dans le parc de miribel-jaunage, à proximité de Lyon, Bass Music Magazine a intercepté la Video-Jockey Fajune, à sa sortie de scène avec Nekochan. L’occasion pour nous de lui poser quelques questions et de vous faire découvrir une artiste qui flirte de près avec la Bass Music, en associant ses images à ce genre musical.

PEUX-TU EN QUELQUES MOTS TE PRÉSENTER EN NOUS DISANT COMMENT TU EN ES ARRIVÉE AU VJING ?

Mon entrée dans l’univers du VJing est assez récente, je joue sur scène depuis un peu moins de deux ans. Cela-dit, j’ai toujours baigné dans le milieu artisque, de part mon cursus scolaire, ma passion pour la photographie et mes fréquentations. Il y a de ça presque deux ans, j’ai fait la rencontre de VJ M-Kid, qui m’a initié à la vidéo, en me présentant un univers visuel auquel j’ai été beaucoup plus sensible que les divagations psychédéliques que j’avais pu découvrir auparavant dans les rave-parties. Dès lors j’ai décidé de me lancer et d’en faire ma profession, et de travailler plus particulièrement avec des artistes de la Bass-Music parce que c’est le genre musical qui me touche le plus et que j’écoute le plus souvent.

QUELS SONT LES ARTISTES AVEC QUI TU TRAVAILLES AUJOURD’HUI ET QUELS SONT LES PROJETS QUI Y SONT ASSOCIÉS ?

Je travaille surtout avec Nekochan depuis un peu plus d’un an, pour qui j’assure la partie VJing, à l’occasion de ses concerts. Je participe aussi aux projections video lors des événements de mon collectif NoRules Corp, qui se déroulent depuis quelques temps sur Lyon. Je rencontre d’autres artistes au cours de ces événements, avec qui il se pourrait que je travaille à l’avenir. Il n’y a rien de formalisé pour l’instant car je me concentre principalement sur le projet de Nekochan. Ce projet est devenu de plus en plus concret depuis que nous sommes en partenariat avec l’agence de booking/développement d’artistes Caravelle… En clair on prépare une tournée ! Voilà ! (rires)… Cela me demande beaucoup de temps, de concentration et de précision pour atteindre les objectifs que l’on s’est fixés.

QUEL EST TON RAPPORT À LA MUSIQUE, QUELS SONT TES GENRES MUSICAUX DE PRÉDILECTION, QUELS SONT LES MUSICIENS, DJS ET/OU PRODUCTEURS QUE TU APPRÉCIES ?

Je m’intéresse beaucoup à la musique, ça influence mes choix d’artistes avec lesquels j’ai envie de travailler. Plus jeune j’écoutais surtout du rock, influencée par les goûts musicaux de ma mère. Puis, comme beaucoup de gens au milieu des 90’s, je suis passée à l’abstract Hip-hop, avec des artistes comme Mr. Scruff ou encore Bonobo. Cela m’a ouvert l’esprit à un courant encore plus abstrait, l’IDM et à l’artiste qui m’a le plus marqué : Aphex Twin, que je considère comme le maître du genre. La musique de Clark me touche beaucoup aussi. Plus récemment, C’est Flying Lotus qui m’a fait revenir à mes premiers amours avec sa façon si personnelle de revisiter l’abstract hip-hop.

Fajune @ woodstower #2011

QUELS SONT LES COURANTS OU GENRE DU MONDE DE L’IMAGE (CINÉMA/VIDEO) AINSI QUE LES ARTISTES DE CES UNIVERS QUI TE PLAISENT ET QUI T’INFLUENCENT ?

Je vais être honnête, je suis plus mélomane que cinéphile. Je n’ai pas une grande culture cinématographique, je suis beaucoup plus sensible aux clips-video, à l’illustration de la musique par l’image. J’aime beaucoup le travail de Chris Cunningham ainsi que les VJs du label Brainfeeder : Strangeloop pour la finesse dans ses choix de samples et Beplee pour sa maîtrise technique des logiciels d’animation. C’est d’ailleurs grâce à ce dernier que je me penche de plus en plus sur la création d’animation de A à Z plutôt que de tout baser sur le sampling.

SUR TES DIFFÉRENTS PROJETS, COMMENT RÉUSSIS-TU À T’ADAPTER CHAQUE FOIS À DES UNIVERS MUSICAUX TRÈS DIFFÉRENTS ? EN BREF, QUELLE EST SELON TOI LA PLACE DU VJ DANS SON RAPPORT AVEC LE MUSICIEN ?

Généralement, je demande à l’artiste de me donner une liste de films, clips, images etc. qui lui plaisent et qu’il aimerait associer à sa musique. Dans cette présélection, j’essaie de comprendre ses goûts et d’y associer les miens. D’abord en supprimant tout ce qui ne ma plaît pas, puis en ajoutant ma touche, avec des samples issus de mes banques perso’ ainsi que des animations que je conçois. C’est de ce mélange de goûts que résulte notre entente sur le projet final. Le fait que je sois mélomane m’aide beaucoup dans mes relations avec les musiciens, j’ai appris leur jargon et aussi à détecter la structure des morceaux. Ce que j’aime par dessus tout, et c’est là où je pense mettre le plus ma patte, c’est la synchronisation des images avec ce qui se passe musicalement, à la fois avec le rythme mais aussi au niveau des émotions, c’est pour cela que je fais cette discipline.

ON POURRAIT PENSER QUE S’ADAPTER SANS CESSE À DES UNIVERS DIFFÉRENTS POURRAIT GÉNÉRER UNE CERTAINE FRUSTRATION CHEZ UN VJ, QUI EST, ON L’AURA COMPRIS, UN ARTISTE À PART ENTIÈRE. QU’EN PENSES-TU ?

Je ne peux pas me sentir frustrée, puisque avant tout, je fais toujours le choix de travailler avec des artistes dont j’aime la musique. Je fais ça d’abord par amour pour la musique et je refuse qu’on m’impose des choses. Je vais parfois jusqu’à les pousser à aller plus loin, en live, sur les morceaux que je préfère. La seule frustration que je pourrais ressentir, et attention, ce n’est pas parce que j’ai un égo démesuré, c’est le fait d’être peut citée. ça s’applique à l’ensemble des VJs, on est souvent mis à l’écart par les médias et/ou les campagnes de communication liées à des événements musicaux et il y a peu de reconnaissance pour notre travail, qui peut représenter un énorme boulot, notamment dans le cadre de la préparation d’une prestation live millimétrée.

PENSES-TU À L’AVENIR, DÉVELOPPER DES PROJETS VIDEO COMPLÈTEMENT PERSONNEL, OU DU MOINS SANS QUE L’ASPECT MUSICAL SOIT PRÉDOMINANT ?

Avant de passer à des projets de cette ampleur, j’aimerai réaliser des clips sur des morceaux de type album, mais cela demande des compétences que je n’ai pas encore acquises. J’y travaille !
J’aimerai aussi un jour, me tourner vers la réalisation de films documentaires. Là aussi, je n’ai pas encore toutes les cartes en mains, mais ce sont des sujets auxquels je pense de plus en plus.

UNE PETITE SÉLECTION DE MORCEAUX ?

Bonobo – Silver (Ninja Tune)
Clark – Hot my slides (Warp records)
Flying Lotus – Massage situation (Brainfeeder)
Strangeloop – Fields (Brainfeeder)
Tokimonsta & Beeple – Live (Brainfeeder)
Bonobo – Silver (Tru Thoughts)

Interview publiée dans le Bass Music Magazine #10 (novembre/décembre 2011)

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