BMM#08 – Interview DADUB

dadub - bass music magazine

Dadub, c’est un duo plutôt pas banal : deux italiens qui se sont rencontrés à Berlin et qui produisent un son binaire à l’influence jamaïquaine prononcée (mais pas forcément évidente). Musiciens, ingénieurs du son, concepteurs de logiciels… des geeks ? Non ! Des artistes complets ? Pour sûr ! Et s’ils tracent leur route sur la scène techno, c’est un archétype musical qu’ils explosent de long en large ! Et comme chez Bass Mag on n’a pas l’esprit fermé, on s’est dit… interview !

BASS MUSIC MAGAZINE: VOUS ÊTES TOUT LES DEUX ORIGINAIRES D’ITALIE ET VIVEZ À BERLIN. PARLEZ-NOUS DE VOTRE PARCOURS ET CE QUI VOUS A AMENÉS À FORMER VOTRE DUO.

Daniel : En Italie j’étais DJ, plutôt Jungle/DnB, IDM. On a tous les deux un background de batteur, avec plus de 10 ans de batterie dans les bras. Je suis arrivé à Berlin il y a un an et demi. Quant à Giovanni, ça fait 3 ans qu’il est là. Donc ça fait un an et demi que l’on travaille ensemble.

DONC DADUB EST UN DUO PLUTÔT RÉCENT ?

D : Dadub est un projet creative commons à l’origine, et n’était pas vraiment orienté club. La rencontre avec Stroboscopic a légèrement changé notre approche.

VOUS AVEZ QUELQUES SORTIES CHEZ STROBOSCOPIC ARTEFACT, INCLUANT DES MORCEAUX ORIGINAUX ET DES REMIXES. IL SEMBLE QUE LE TERME «COMPRESSED DUB» SOIT EMPLOYÉ PAR LE LABEL POUR DÉSIGNER SES PRODUCTIONS. PENSEZ-VOUS QUE CE TERME DÉCRIVE BIEN VOTRE ESTHÉTIQUE ?

D : «Compressed dub», c’est une approche, une technique de production plutôt qu’un style à vrai dire. Ca pourrait s’appeler «Compressed» ou «Fractal» dub, ce serait pareil, mais ce n’est pas très important. Dub is the thing for us here.

Giovanni : On n’utilise pas de samples d’enregistrement Dub ou Reggae, mais on utilise les même processus de production, un peu comme le faisait Lee Scratch Perry par exemple, sauf que nous, on fait de la Techno.

YEAH MAN ?!

G : Yeah man, nuff respect (Rires)

OKAY, ALORS CE SERAIT CETTE TOUCHE QUI DONNE CETTE TEINTE SI PARTICULIÈRE À VOS PRODUCTIONS ?

D : Ca vient sans doute du fait que l’on n’a pas un lourd background en Techno. On écoute plein de trucs, et en abordant ce style, on a senti qu’il nous fallait apporter une touche particulière, moins froide que le panorama actuel. Mais ça s’entend je crois dans nos productions (Rires).

DANS «COMPRESSED DUB», IL Y A COMPRESSED. PENSEZ VOUS QUE CELA EST RELATIF À LA PUISSANCE DE VOS PRODUCTION ?

G : Je crois que «compressed dub» est un terme spécifique à la musique de Lucy vraiment, plus qu’au son du label en général. Je sais qu’il utilise parfois des micro-samples, mais après je ne sais pas… il faut lui demander.

OUI, JE VAIS FAIRE MON ENQUÊTE…

G : Je ne suis pas sur que tu aies vraiment envie de faire ça, c’est plutôt secret comme sujet… Il va nous tuer !! (Rires)

D : La notion la plus importante pour nous reste «le dub». Et l’idée fondamentale du Dub, c’est « to upset » (ndlr : déranger, ennuyer). Le premier groupe de dub c’était «The Upsetters» avec Lee Perry. Ces mecs s’appelaient comme ca parce qu’il «dérangeait» le son originalement produit par d’autres, en y incluant pleins d’effets et de techniques pour transfigurer le son d’origine. C’est très jamaïquain comme approche (Rires).

BON, ET ALORS “DADUB”, D’OÙ VIENT-IL, CE NOM ?

D: Il n’y a pas de messages cachés vraiment, c’est venu simplement, lors d’un apéro avec des amis.

COMMENT AVEZ-VOUS COMMENCÉ À PRODUIRE DE LA MUSIQUE ÉLECTRONIQUE, COMMENT AVEZ-VOUS ACQUIS LES BASES ?

D : J’ai toujours eu une passion pour l’électronique. J’ai pris quelque cours concernant la musique de synthèse… Principalement, c’est plutôt de l’auto-didactisme et aussi beaucoup de dialogue avec mon ami Enrico Cosimi, aussi connu sous le nom de Tau Ceti sur la scène «drone-isolationist».

G : J’ai commencé à utiliser les ordinateurs à l’âge de cinq ans. Mon frère jouait de la guitare et écoutait beaucoup de musique. Un peu plus tard, je me suis mis à la batterie. Mais quand je suis allé à l’université, je ne pouvais pas bouger mon kit de batterie donc je me suis mis à créer mes morceaux sur ordinateur et je travaillais pour programmer des boucles rythmiques qui sonnent comme celles d’un vrai batteur. Après, je me suis intéressé à la Drum n’ Bass et c’est en arrivant à Berlin que je me suis mis à aimer la techno. En Italie, je connaissais la Techno «Hardcore», de 170 à 190 Bpm. Mais à Berlin, la scène Club est plus intéressante qu’en Italie. Alors j’ai été converti, même si j’étais plutôt hostile à ce son à l’origine.
Pourtant, on est souvent catégorisé dans le courant Dubstep, parce que ce n’est pas vraiment de la Techno, nos morceaux ont une structure rythmique plus syncopée, ça doit venir de là. Malgré tout, on produit des morceaux faits pour être mixés avec de la Techno, les DJs doivent comprendre cela.

ON PEUT IDENTIFIER UN CARACTÈRE PARTICULIER DANS VOS PRODUCTIONS, VRAIMENT BASÉ SUR LE BRUIT ET LA DISTORSION. COMMENT ENVISAGEZ-VOUS LA CONSTRUCTION D’UN MORCEAU ?

D : On joue avec notre matériel, on voit où ça nous mène, un processus plutôt expérimental. Et puis ça arrive : on fait quelque chose qui nous plaît, on le garde. On se concentre sur peu d’éléments mais on fait en sorte qu’ils s’accordent vraiment bien, et une fois qu’on a une belle base, c’est parti pour le «dubbing».

G : On «pense» le moins possible notre son, parce que tu peux partir avec une idée bien précise, un concept particulier, pour au final te rendre compte que «ça le fait pas» et te retrouver avec quelque chose de frustrant. Tous les bruits, la distortion, c’est vraiment lié à notre mode de production et à l’usage massif d’effets.

D : Au cœur de nos morceaux, on se concentre sur la batterie, les percussions. On donne beaucoup plus d’importance aux éléments percussifs qu’aux mélodies. C’est plus simple pour nous après, pour tout détruire et reconstruire en live.

VOUS JOUEZ EN LIVE ?

D : Oui, si tu viens nous voir jouer, tout le son est fait en temps réel.

QUAND VOUS CRÉEZ DES MORCEAUX, VOUS LES ENREGISTREZ EN LIVE ET C’EST BON ?

D : Oui et non. Simplement, pour sortir des disques et être playlistés par les DJs, il faut des morceaux calqués sur un certain format. Sinon c’est perdu. Mais le live nous permet de développer nos morceaux chaque fois différemment, et d’expérimenter.

J’AI ENTENDU DIRE QUE VOUS PRÉPARIEZ UN ALBUM… ?

D : Oui on travaille là-dessus. On fait de la matière, dans quelque temps on va se mettre à la composition.

A CÔTÉ DE VOS ACTIVITÉS PUREMENT ARTISTIQUES VOUS ÊTES AUSSI INGÉNIEURS DU SON. EN CREUSANT UN PEU, J’AI VU QUE VOUS PROPOSIEZ DIFFÉRENTS TRAITEMENT DU SON, SÉPARÉES PAR UNE APPROCHE SOFTWARE OU UNE APPROCHE HARDWARE. DITES NOUS EN PLUS À CE SUJET.

G : Pour résumer, le mastering, c’est principalement de l’équalisation, de la compression ainsi que d’autres processus. Ces deux processus peuvent être faits aussi bien avec des logiciels (software) qu’avec des composants électroniques (hardware). La qualité du software, c’est que le son est traité de manière très transparente, tandis que le son du hardware à tendance à «colorer» le son, lui donner plus de corps, plus d’harmonique et de chaleur.
Dans notre configuration pour du mastering, le traitement «software» donnera un son très proche du mix qui nous a été fourni, contrairement au traitement hardware qui lui changera beaucoup plus la couleur du son, mais aussi son impact et sa contenance. Chaque appareil hardware à sa propre «signature sonore».

QUEL EST VOTRE APPAREIL PRÉFÉRÉ ?

G : Il y a ce pré-ampli que l’on utilise à peu près sur toutes nos productions, qui donne du corps aux drums. Ca ajoute du caractère au son.

BON, ET SINON DADUB, SI ON VOUS SORT DU STUDIO, QU’EST CE QU’IL SE PASSE ? VOUS AVEZ DES HOBBIES, D’AUTRES OCCUPATIONS ?

G : On est plutôt normaux comme personnes je crois ! (Rires)

D : Aux premiers jours de notre travail, on passait nuit et jour au studio, c’était franchement hardcore. En plus dans une zone au Nord-Est de Berlin, dans un bloc d’immeuble coincé entre des nazis et des vietnamiens. Bon, on a changé de studio il y a 3 mois, on a arrêté le rythme 9PM-9AM / vampire life. (Rires)

UN DERNIER MOT?

D : DJs, remember you have to layer your tracks with your beats ! Don’t cut, Mix!

Interview publiée dans le Bass Music Magazine #8 (juillet/août 2011)

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